2006年11月11日土曜日

Retraite au foyer


Je ne pouvais pas me soudre à les balancer. Une histoire trop riche en rebondissements constitue leur passé commun. Chacune d'elles s'ayant réparti la tâche de supporter mon poids et de subir ma démarche hésitante. Sans se plaindre, sans jamais me faire trébucher, assurant toujours leur fonction sans se syndiquer, dégageant une odeur respectable (dans la mesure où elles jouent dans la catégorie "Tennis")... Non, il ne pouvait en être autrement, elles ont éveillé chez moi un certain respect et surtout une affection que l'observation attentive de leurs stigmates réveille à chaque instant. Elles ont perdu leur lacet, certes, la semelle droite s'est percée, offrant une voie royale à l'eau de pluie et aux autres substances molles ou terreuses, mais mes pieds s'y sont fait (et ce n'est pas peu de choses de les dire: difficiles!), creusant et modelant l'intérieur, faisant de cette paire des moules originaux de mes voûtes plantaires. Alors, sans masquer les cicatrices du passé, j'ai ravi leur teinte en les blanchissant à l'acrylique et je les pourvus de deux ficelles, assez longues pour s'insinuer dans chaque trou et faire une boucle à la fin. Mais, plus question d'aller dehors; fini. Elles resteront sur des sols fréquentables, en particulier ma moquette aux motifs si étranges.